Emmanuelle Duez

Entrepreneure - The Boson Project & Bugali, Administrateur, Auteure, Conférencière
Écrit par Jean-Marc Morawski – 27 Janvier 2026

Militante par conviction et entrepreneuse par passion, Emmanuelle explore sans cesse les croisements entre leadership, engagement et innovation, animée par la volonté de faire bouger les lignes.

Après des années à observer un monde du travail en pleine mutation, marqué par la perte de repères et le désengagement, elle nous livre un regard lucide et des pistes pour réinventer nos manières de collaborer.


Jean-Marc Morawski et Emmanuelle Duez.

Comment décrire l'engagement aujourd’hui ?

ED : S'engager, ce n'est pas rentrer dans un ordre établi. C'est donner un bout de soi, porter le travail en étendard, non pas pour faire mais pour devenir. Dans mon livre, je donne cette définition des Commandos Marines : « Donner un sens à ses valeurs au risque de perdre quelque chose ». Ma conviction est que l’on doit s'engager d'abord et avant tout pour soi. Ne pas être seulement un tâcheron du clic, de l'attendu, du manager, du rôle assigné. Sinon, à quoi bon ?

« Il faut réinvestir le travail avec des mots justes qui donnent envie de faire du beau travail. »
— Emmanuelle Duez

Que peut-on citer comme levier de l’engagement ?

ED : Le plus petit mais peut-être le plus puissant vecteur d'émancipation, de sens et d'utilité qu'on ait repéré, c'est l'équipe. On est dans une chaîne et quelqu'un compte sur nous, en haut et en bas de la chaîne. Le premier levier de l'engagement, c'est l'autre avec un grand A. Si quelqu'un compte sur vous pour faire quelque chose, ça donne du sens au travail. Et quand le travail a du sens, la vie aussi.

Pourquoi parle- t-on d’une « crise du langage » dans l'entreprise ?

ED : Parce qu’aujourd'hui, on utilise un vocabulaire déshumanisant : « onboarder », « upskiller », etc. On est passé d'humains qui œuvrent à des ressources qui performent. Cette novlangue managériale est un bullshit organisé qui participe au désengagement. Les mots ont un pouvoir et ne sont jamais neutres : ils peuvent abîmer ou sublimer.

Quelle est la qualité clé du manager aujourd’hui ?

ED : Je crois profondément qu'un manager doit être un « bâtisseur de confiance ». La confiance, c'est le socle de toute relation de travail. Sans elle, on ne peut pas s'engager. Pour bâtir cette confiance, il faut être capable de dire les choses, même quand c'est difficile.

Quelles sont tes 3 convictions RH ?

ED : Nous sommes passés d’une « guerre des talents » à une « guerre de l’engagement ». Ce n’est pas une guerre qui se gagne une fois pour toutes : elle se mène bataille après bataille, au quotidien.
Ensuite, je suis convaincue du pouvoir des mots et il est plus qu’urgent de réinvestir le travail avec des mots justes, qui donnent envie de faire du « beau » travail.

Enfin, je crois à la responsabilité de la colère. Les entrepreneurs sont trop silencieux. Lorsqu’on aime son pays et qu’on est bâtisseur, on a le devoir d’exprimer ce qui nous met en colère et de formuler des propositions. Des colères qui se rejoignent peuvent faire bouger les lignes.

Merci Emmanuelle !

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